Le quart de siècle

 

13 septembre 1994.

13 septembre 2020.

Le temps passe si vite ! Voilà bientôt un an que je n’ai rien posté publiquement. Et pour cause…

Ces 12 derniers mois, j’ai eu la sensation que ma 25ème année sur cette planète avait à peine duré le temps d’une respiration. D’un battement de cœur. 365 journées qui n’en parurent qu’une poignée. Effrayant. Et rassurant à la fois. Paradoxale. Au point d’en devenir schizophrène, parfois.

Ce fut également l’une des années les plus dures que j’ai eu à vivre et ce à bien des égards. Chaque accomplissement était aussitôt suivi d’une désillusion. Chaque épreuve surmontée laissait place à une autre, plus rude encore. Chaque douleur endurée s’en suivait d’un raz-de-marée de coups en pleine face. Pourtant chacune des journées qui m’a été offerte m’aura enseigné au moins une leçon.

Et à l’aube de mon 26ème anniversaire je m’interroge. Je fais le point et c’est avec une certaine fierté que je reviens sur l’année qui vient de s’écouler. Alors même si je sais pertinemment que comme à chaque post, certains n’y verrons que de l’arrogance et ne chercheront pas à comprendre le message que je souhaite véhiculer à travers cet article, j’ai décidé de lister quelques réussites et de partager avec vous les leçons que j’ai tirées de toutes les galères qu’il m’aura fallu surmonter pour y parvenir.

 

Le 1er million !

Vous savez quoi ? La plupart des gens en font toute une histoire. D’ailleurs j’en faisais moi-même une avant de me rendre compte, plus de 300.000€ plus tard, que je l’avais fait. Ma réaction ? Aucune. Cela ne m’a fait ni chaud ni froid. Rien. Pour autant j’ai compris rapidement pourquoi : d’une part, la majeure partie de cette somme n’était pas sur mon compte bancaire mais dans les murs des biens immobiliers que l’on détient avec mon associé ; et d’autre part, parce que ce n’était que de l’argent… et que seuls ceux qui n’en ont pas le justifient par le fait qu’il ne fait pas le bonheur.

Ceux qui en ont le savent parfaitement, d’ailleurs ils n’attendent pas de lui qu’il les rende plus heureux. Ce n’est qu’un outil ! Nous seuls décidons de l’utilisation que l’on souhaite en faire, bonne ou mauvaise. Et en l’occurrence, voici comment j’ai décidé de dépenser une partie de cet argent.

 

Ma 1ère Rolex !

D’après Jacques Séguéla, si nous n’en avons pas une avant 50 ans, nous avons raté notre vie. Mon cher Jacques, ce message vous est destiné : non seulement vous manquez cruellement d’ambition, mais ce que vous dites est surtout une énorme connerie. S’il y a bien une chose dont je suis sûr c’est que je n’ai pas (encore) réussi ma vie, en ce sens que j’ai à peine atteint 1% des objectifs que je me suis fixés.

Et puis, la réussite est subjective. Certains prendront plaisir à regarder les secondes s’écouler sur le cadran d’une belle montre, tandis que d’autres s’exalteront au doux rugissement du V12 atmosphérique de leur Lamborghini Aventador. À moins que la réussite ne se trouve à des années lumières de ces plaisirs matériels ?

 

Le confinement !

Comment évoquer 2020 sans aborder la crise du Covid ? Et, bien que la plupart des gens aient profité de ces quelques mois de congés offerts pour ne rien faire de leurs journées, j’ai personnellement opté pour une autre option que tout le monde aurait pu choisir : bosser comme un acharné. Des centaines d’heures.

Pourtant je sais ce que vous vous dites surement : « Quel gros con celui-là, toujours à exposer ses exploits et à ressasser à quel point il travaille tout le temps. Mais à quoi bon bosser autant ? Son fric il ne l’emportera pas sous terre ». Et je vous comprends. D’ailleurs si je n’étais pas moi je me détesterais surement. Salaud de capitaliste. Cependant et au risque d’être cru, j’estime que le simple fait d’avoir des phrases comme celles-ci en tête et à la bouche fait de vous un p***** d’égoïste. Parce qu’en réfléchissant ainsi vous ne songez même pas une seule seconde à cet autre moyen que vous avez de dépenser votre argent lorsque vous en avez plus que de raison : le donner !

Et c’est exactement ce que nous avons fait avec mon associé. 100% des bénéfices que nous avons réalisés sur notre activité de formation durant le confinement ont profités au personnel médical. 54.411€ au total. Nous ne nous sommes pas versés de salaire durant cette période. Pas un seul centime dans notre poche. Aucun avantage financier de quelconque nature. C’est pour cela que l’avis des autres m’importe peu aujourd’hui : je sais ce que je vaux, ce que je fais et pourquoi je le fais, même si j’en parle peu, voire pas du tout.

 

Mon premier appartement !

Ou plutôt devrais-je dire : ma première (VRAIE) résidence principale. Car il m’aura fallu attendre d’avoir 10 biens immobiliers pour m’octroyer le droit de m’offrir celui dans lequel je vis désormais.

Je voulais faire ça bien. Pas question d’acheter quelque chose qu’un autre aurait imaginé, dessiné, bâti, décoré, meublé. Je voulais que ce projet soit le mien, de A à Z. Et ce fut sans doute l’une des plus belles expériences de ma 25ème année, mais aussi l’une des plus difficiles, tant physiquement que moralement.

J’ai tout fait, pendant que mon associé bâtissait son logement juste à côté et qu’ensemble nous construisions le nouveau siège de nos sociétés ainsi qu’une salle de conférences. 14 mois de travaux. Presque seuls. Du sol au plafond. Plans, démolition, maçonnerie, isolation, tirage de l’eau et de l’électricité, doublage placo, pose du faux plafond, peinture, douche à l’italienne, faïence, WC suspendu, design et confection de tout le mobilier.

Des dizaines d’imprévus ; des centaines d’insultes lancées aux mères innocentes des rares artisans véreux auxquels nous avons sous-traité quelques tâches et qui ont voulu nous baiser ; des milliers d’euros de dépassement de budget.

Des journées de 10, 12, 14h de travaux sans interruption et souvent sans manger. Puis en rentrant je ne devais pas oublier que ce chantier n’était que secondaire et qu’il y avait 4 sociétés à gérer en parallèle… Alors j’allumais mon ordinateur et s’en suivaient quelques heures de paperasses, de dossiers à boucler pour des clients, etc.

Jusqu’au dernier jour j’ai failli abandonner. Chaque réveil était plus dur que celui de la veille. Les courbatures, les blessures, la fatigue accumulée.

La semaine précédant mon emménagement, j’ai constaté après l’avoir branché que mon lave-linge ne fonctionnait pas. Lorsque je le mettais en route, il se mettait à trembler comme un vieillard atteint d’un Parkinson avancé, faisant vibrer avec lui toute la pièce. Après 3 essais non concluants je me suis assis par terre, devant la machine, puis je suis resté immobile pendant de longues minutes, le regard vide. Physiquement j’étais légumineux, pourtant dans ma tête c’était la seconde guerre mondiale. Une petite voix me proposait de rester calme et de réfléchir, tandis qu’une version plus démoniaque m’invitait à me saisir d’une masse et de remettre à l’état de ruine ce qui ressemblait de plus en plus à un mon nouveau nid. Fort heureusement la voix de la sagesse a remporté le débat et j’ai finis par trouver d’où venait le problème : de moi ! J’avais oublié de retirer les vis qui retenaient le tambour pendant le transport. Et une fois celles-ci retirées, tout s’est mis à fonctionner parfaitement.

Tout ceci pour dire que ces 14 mois ont été intenses et ont mis mes nerfs à rude épreuve. Mais quelle fierté. Quelle fierté de rentrer chaque soir dans un logement que l’on a construit de toutes pièces. Quelle fierté de se prouver à soi-même que l’on est capable de faire tout ceci de nos propres mains, de sortir de sa zone de confort et de se lancer corps et âme dans un projet d’une telle ampleur, d’apprendre des dizaines de métiers, de chercher des solutions aux centaines de problèmes rencontrés à chaque étape de la construction, de s’adapter aux imprévus avec des outils constamment inadaptés, de ne rien lâcher, jamais.

Merci à ceux qui m’ont aidé, ne serait-ce qu’une heure ou deux. Ce n’était peut-être rien pour vous, mais le simple fait de ne pas être seul de temps à autres m’a aidé à aller au bout.

 

L’écriture de mon premier livre !

Oui car le seul fait de gérer 4 sociétés et de passer 40 à 80h par semaine sur ce (putain de) chantier ne suffisait pas… j’ai donc décidé de me replonger sur l’écriture d’un livre que j’ai démarré il y a 3 ans. Et celui-ci est presque terminé.

A mi-chemin entre l’autobiographie et le livre de développement personnel, cet ouvrage marque pour moi le début d’une auto-thérapie ainsi qu’un premier pas en tant qu’auteur.

J’ai hâte de partager le résultat de tous ces mois d’écriture, et je le ferais en temps et en heure voulus, mais pour le moment je voudrais surtout partager avec vous qui avez lu jusqu’ici, quelques-unes des leçons que j’ai tirées de cette année riche en rebondissements qui vient de s’écouler :

 

  • Leçon n°1 : 1.000.000€, c’est juste un “1“ avec six “0“ derrière. 1.000€ ou 1.000.000€, on s’en branle, cela ne définit en rien votre valeur. Et comme le dit si bien Sandy Benzinger : « Vous faites du pognon, parce que ça vous fait du bien. Mais, le plus dingue dans tout ça, c’est qu’en le donnant, on se sent mieux encore. Vous vous rappelez de ce que vous avez ressenti pour votre premier million ? Je ne me suis pas senti aussi bien jusqu’à ce que je m’engage à donner une somme 20.000 fois supérieure à ce montant. C’est l’antidote. Accumuler pour accumuler, c’est de l’avidité. C’est une maladie. L’avidité vous rend insignifiant. Donner c’est tout le contraire. C’est un putain de paradoxe mais c’est la vérité ».

 

  • Leçon n°2 : Acheter une belle montre, une belle voiture ou faire un don de plus de 50K€ aux hôpitaux, rien à foutre ! Faites les dépenses que vous estimez bonnes à vos yeux, pas aux yeux des autres. Quoi que vous fassiez vous serez jugés.

 

En écrivant cet article je ne peux d’ailleurs pas m’empêcher de repenser aux mots de mon prof principal de 2nd lorsque je lui ai annoncé que je renonçais finalement à aller en S option Maths car je préférais m’orienter vers une 1ère STG Gestion : « Tu changes d’avis parce que tu te rends comptes qu’en S tu vas devoir cravacher. Tu es un feignant ».

J’ai commencé les petits boulots à 14 ans. Entre mes 20 ans et mes 25 ans j’ai pris au total 56 jours de “repos“, soit moins de 1 jour par mois en moyenne. J’ai travaillé plus de 5.500 heures par an, là où la moyenne nationale est de 1.607h. Alors, Monsieur le professeur, outre le fait que votre réflexion soit un énorme manque de respect envers tous les élèves qui s’orientent vers les filières technologiques, je tiens personnellement à vous remercier pour la pertinence de votre analyse.

 

  • Leçon n°3 : Celle-ci s’inscrit dans la lignée de la précédente et se décline en plusieurs axes complémentaires : il ne faut pas avoir honte de gagner de l’argent, il faut apprendre à se faire plaisir de temps en temps et ne surtout il ne faut pas se justifier. Car une fois de plus et comme indiqué plus haut, quoi que vous fassiez, vous serez jugés.

 

Ne pas avoir honte. Si vous gagnez de l’argent vous serez traité de capitaliste véreux qui exploite ses salariés pour engranger toujours plus de bénéfices et avoir le plaisir de faire ronfler ses voitures de sport devant des foules qui ne pourront jamais se les offrir ; tandis que si vous n’en gagnez pas assez l’on vous qualifiera d’assisté qui profite de la France et des aides sociales qu’elle accorde à n’importe qui, notamment aux gens comme vous qui manquent d’ambition et qui ne se soucient pas assez de leur avenir.

Quelle honte de s’offrir une montre à plus de 7K€ quand on a donné 50K€ au corps médical quelques mois plus tôt, n’est-ce pas ? Maurice Lévy – ancien PDG du groupe Publicis – disait d’ailleurs : Soyons clairs, le fait de gagner beaucoup d’argent est insupportable pour beaucoup de gens. Au lieu de se dire “un jour je pourrais gagner autant“ ils se disent “ce n’est pas possible de gagner autant, c’est insupportable. En plus par le travail, vous imaginez, c’est horrible. La seule chose qu’il a fait c’est travailler et il gagne autant d’argent ? Comment c’est possible ? C’est insupportable. Si encore il avait hérité“.

 

Se faire plaisir. Si vous ne prenez jamais le temps de vous faire plaisir, à quoi bon bosser autant ? Sans compter que l’on vous reprochera de ne pas le faire. Tout comme on vous reprochera de le faire lorsque vous déciderez de penser à vous. Ça me fait penser à cette fameuse phrase que j’ai encore entendue récemment, alors que je m’apprêtais à partir une semaine en “congés“ (sans vraiment me couper du travail pour autant). Combien de personnes m’ont balancé en plein visage le célèbre « Il y en a qui ont de la chance… tout le monde reprend le travail, pendant que d’autres partent en vacances ». C’est d’autant plus amusant que cette année, en tenant compte du confinement, la plupart des gens ont eu plus de 3 mois de congé… et encore je ne compte pas les week-ends. Voici ma définition de la chance :


Chance.

n.f.

Illusion inventée par ceux qui ratent leurs objectifs afin de justifier le fait que d’autres parviennent à les atteindre


Quelle chance d’avoir eu 7 jours de congés quand celui qui semble me le reprocher en a eu 80, 90, 100., 130. Quelle chance d’avoir bossé 14 à 18h par jour, 7 jours sur 7 pendant 51 semaines et de s’autoriser une semaine de repos. Quelle chance d’avoir pris des risques énormes et d’avoir embauché des salariés alors même que le monde entier souffrait du confinement et que des milliers de sociétés déposaient le bilan. Quelle chance, n’est-ce pas ?

 

Ne pas se justifier. Car une fois n’est pas coutume : vous serez jugés ! Vous achetez une Rolex parce que vous en rêviez et que vous pouvez désormais vous le permettre ? On vous reprochera d’être matérialiste. Vous donnez de l’argent au corps médical ou à une association quelle qu’elle soit ? On vous reprochera de le faire par intérêt, afin de vous faire bien voir mais surtout pour l’avantage fiscal qu’un tel don vous procure. Au final vous avez 2 options : accorder de l’importance aux jugements et stagner, ou bien n’en avoir rien à foutre et avancer.

 

  • Leçon n°4 : Construire son chez-soi apporte une immense fierté personnelle… mais maintenant que je l’ai fait – et bien que je ne regrette pas tout ce que cette expérience m’a enseigné – je dois avouer que si c’était à refaire, je ne le referais pas. Les contraintes physiques et psychologiques à surmonter ne sauraient être justifiées par ce seul sentiment de fierté lorsque je rentre chez moi le soir, pas même les 700K€ de plus-value latente qui attendent sagement d’être ramassés. Aucune décision ne devrait être motivée uniquement par une promesse de gains, quand bien même ceux-ci soient extravagants.

 

  • Leçon n°5 : Qu’il s’agisse de mon prof principal de 2nd voulant décider à ma place de mon orientation, de mes proches souhaitant me dissuader de me lancer dans l’entrepreneuriat et dans l’investissement, ou de toutes celles et ceux qui m’ont traité de fou en projetant de rénover plus de 200m2 du sol au plafond… tous avaient un point en commun : aucun n’avait atteint les objectifs que je vise. Pire, la plupart n’avaient même pas atteint ceux que j’avais déjà accomplis, parfois avec 30 ans d’avance sur eux. Ainsi mon dernier et mon meilleur conseil sera le suivant : n’écoutez que ceux qui savent de quoi ils parlent.

 

“La culture c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale“

Si vous souhaitez vous lancer dans l’entrepreneuriat, adressez-vous à des entrepreneurs, pas à des fonctionnaires. Si vous souhaitez vous lancer dans l’investissement, adressez-vous à des investisseurs, pas à leurs locataires. Si vous souhaitez construire votre résidence principale vous-même, adressez-vous à des personnes qui ont déjà vécu cette expérience, pas à Gontran, le cousin éloigné de la tante du voisin de palier de votre meilleur ami, qui vous dit que ça sera trop dur mais qui ne daigne se sortir les doigts du cul que lorsqu’il doit s’actualiser sur le site de la CAF afin de toucher le RSA. Je ne dis pas que le fait d’être fonctionnaire, locataire ou de bénéficier des aides de l’État est une mauvaise chose, d’ailleurs je suis passé par ces 3 cases. Et je n’ai aucunement l’intention de dénigrer qui que ce soit. Je dis simplement que le fait d’écouter des gens non qualifiés dans un domaine, quel qu’il soit, n’a jamais fait avancer personne vers ses objectifs.

Alors la prochaine fois que Gontran se perdra dans ses monologues sur les aléas de l’immobilier et l’immondice qu’est le capitalisme, pensez bien fort au Comte de Bouderbala, prenez sur vous, remerciez Gontran et gardez vos projets pour vous et ceux qui vous aideront à les mener à bien.

 

 

Alexandre Castro

CGP associé – CSConsulting SARL